C'est un euphémisme d'affirmer que la conjoncture actuelle est des plus préoccupantes pour le monde agricole. Selon Agriculture et Agroalimentaire Canada, les prévisions du revenu net des entreprises agricoles pour 2025 sont les pires de mémoire d'homme. Le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Guy Cormier, a affirmé récemment que la prochaine gestion de crise majeure dans notre société aura lieu dans le secteur agricole. Les abus réglementaires et bureaucratiques sont toujours présents et sapent toujours nos énergies. Et bien sûr, en toile de fond, planent les guerres tarifaires du président Trump et du gouvernement chinois.
Dans ce contexte, le désengagement du gouvernement provincial envers le secteur agricole, tel qu'il fut présenté lors du dépôt du budget provincial le 25 mars dernier, représente une véritable douche froide. Alors que tous s'entendent à l'effet que des jours difficiles pour plusieurs sont à prévoir, le gouvernement sabre dans l'appui au développement des régions et au soutien à la transformation alimentaire, deux secteurs d'importance dans le développement de nos économies régionales. Sans compter que la transformation alimentaire est absolument nécessaire à la volonté d'achat local exprimée largement dans notre société. Au total, c'est près de 85 millions de dollars qui sont retranchés à ces champs d'activité, alors qu'ils nécessiteraient plutôt d'importants investissements.
Nous comprenons que la situation budgétaire est difficile et que le gouvernement fait des choix. Cependant, il ne faudrait quand même pas oublier que ce même gouvernement est en partie responsable de la précarité actuelle de nos finances, ayant englouti des centaines de millions, voire des milliards de dollars, pour des refontes informatiques désastreuses (SAAQclic) ou encore dans certains projets de développement économique plus qu’incertains (Northvolt.) On ne peut que dénoncer que le secteur agricole fasse les frais des mauvais choix de nos élus. Le contraste entre les modestes montants annoncés (et déployés au compte-gouttes) au secteur agroalimentaire et les montants pharaoniques gaspillés dans nombre de projets chimériques est frappant et insultant pour l’ensemble de la classe agricole.
L’an dernier, les productrices et producteurs agricoles de toute la province ont manifesté avec force afin de se faire reconnaître par le gouvernement. À la suite de ces démonstrations, le gouvernement a pris des engagements. Un an plus tard, non seulement ceux-ci n’ont-ils pas été respectés dans une large mesure, mais les coupures budgétaires annoncées cette semaine envoient une fois de plus le message que pour l'État québécois, l'agriculture n'est pas une priorité. Je l'ai écrit plus haut, la crise est annoncée. Que le gouvernement choisisse de l'ignorer et de ne pas réagir devant l'urgence qui guette nos régions est d'une tristesse sans nom. Les demandes des producteurs agricoles, que ce soit au niveau de la sécurité du revenu ou encore de l’allégement réglementaire, demeurent plus que jamais d’actualité et méritent qu’on s’y attarde une fois pour toutes. Investir dans nos régions et dans les entreprises de chez nous ne fera peut-être pas la manchette comme l’annonce de Northvolt l’avait faite, mais les effets structurants et durables pour notre économie, eux, seront bien réels.
Jérémie Letellier
Président régional
Fédération de l’UPA de la Montérégie