Alors que le gouvernement du Québec analyse les mémoires reçus dans le cadre des consultations portant sur le nouveau Règlement sur les pratiques agroenvironnementales (RPAE), une question fondamentale doit guider nos décisions collectives : comment concilier nos ambitions environnementales avec la réalité de celles et ceux qui produisent notre nourriture?
Soyons clairs : les producteurs agricoles ne fuient pas leurs responsabilités. Bien au contraire. Depuis des années, ils investissent temps, argent et énergie pour améliorer leurs pratiques, protéger les sols, réduire leur empreinte et répondre aux attentes de la société. Ils font partie de la solution.
Mais aujourd’hui, ils s’inquiètent.
Le projet de règlement actuellement sur la table soulève des enjeux bien réels sur le terrain. D’un côté, il risque d’imposer des exigences plus strictes que celles en vigueur ailleurs en Amérique du Nord, sans mécanismes pour compenser cet écart. De l’autre, il pourrait alourdir encore davantage un fardeau administratif déjà considérable. Pour plusieurs entreprises agricoles, cela signifie moins de temps pour produire, plus de coûts à absorber et, ultimement, une pression accrue sur leur viabilité.
C’est dans ce contexte que la Fédération de l’UPA de la Montérégie a lancé une campagne autour d’un message simple, mais porteur de sens : « Oui… mais ».
- Oui à une agriculture durable… mais dans des conditions comparables.
- Oui à l’environnement… mais en tenant compte de la réalité économique des entreprises d’ici.
- Oui à des règles… mais équitables.
Ce « mais » n’est pas un refus. C’est une invitation à faire mieux.
Car au fond, la question n’est pas de savoir si nous devons agir pour l’environnement. La réponse est évidente. La véritable question est plutôt : comment le faire intelligemment, de manière à obtenir des résultats concrets sans fragiliser notre capacité collective à produire ici, au Québec?
Imposer des règles sans tenir compte du contexte nord-américain, c’est risquer de déplacer la production ailleurs, là où les normes sont parfois moins exigeantes. Multiplier les exigences administratives, c’est détourner des ressources précieuses qui pourraient être investies directement dans des actions environnementales concrètes.
Le monde agricole est prêt à collaborer. Il l’a toujours été.
Mais pour y arriver, il faut un dialogue ouvert, des solutions adaptées et une volonté réelle d’ancrer les décisions dans la réalité du terrain. Parce que protéger l’environnement ne doit pas se faire au détriment de notre agriculture. Au contraire, les deux doivent avancer ensemble. Et ça commence par un règlement qui tient compte des deux.
Par Jérémie Letellier
Président, Fédération de l’UPA de la Montérégie