RPAE : Dire oui à l’environnement, sans dire non à l’agriculture
Qu’est-ce que le RPAE ?
Le projet de Règlement sur les pratiques agroenvironnementales (RPAE) Ce lien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre vise notamment à mettre à jour le « Règlement sur l’encadrement d’activités » mieux connu sous le sigle REA. Concrètement, le RPAE contient les règles qui encadrent les activités agricoles au Québec afin de mieux protéger l’environnement, notamment la qualité de l’eau et des sols. Il propose de nouvelles exigences ou des ajustements concernant, par exemple, l’épandage des fertilisants, la gestion des déjections animales et les distances à respecter près des cours d’eau.
L’objectif du gouvernement est d’assurer une agriculture plus durable, tout en répondant aux attentes de la société en matière d’environnement. Toutefois, ces changements soulèvent aussi des préoccupations chez les producteurs, notamment en ce qui concerne le fardeau administratif et la compétitivité avec les producteurs d’autres régions qui ne sont pas soumis aux mêmes règles.
Pourquoi la Fédération lance-t-elle une campagne sur le RPAE ?
La Fédération lance cette campagne pour s’assurer que la voix des producteurs agricoles soit entendue à la suite du processus de consultation publique portant sur le RPAE. L’objectif est d’influencer les décisions gouvernementales afin que le règlement final soit réaliste, applicable et adapté aux réalités du terrain.
Êtes-vous contre le règlement ?
Non. Nous sommes en faveur de la refonte du REA. Nous sommes en faveur de l’amélioration des pratiques agroenvironnementales. Les producteurs sont déjà engagés dans cette voie depuis plusieurs années. Ce que nous demandons, c’est un règlement :
Réaliste | Applicable | Équitable
Qu’est-ce qu’on demande concrètement ?
La réciprocité
Au cœur des préoccupations soulevées par nos membres, la question de la compétitivité demeure centrale. Les producteurs québécois évoluent dans un marché nord-américain où les règles ne sont pas toujours les mêmes entres les producteurs d’ici et ceux du reste du Canada et des États-Unis. Imposer encore des exigences plus strictes sans mécanismes d’ajustement accentuerait un désavantage réel pour les entreprises d’ici.
Il faut éviter de créer un désavantage concurrentiel pour nos entreprises agricoles.
Nous ne demandons pas de réduire les standards. Nous demandons soit des règles comparables, ou des mécanismes compensatoires / correctifs. L’objectif est d’assurer des conditions de jeu équitables.
Moins de fardeaux administratifs
Le projet de règlement actuel risque d’augmenter les exigences administratives, les suivis exigés et les redditions de comptes. Multiplier les exigences administratives, c’est détourner des ressources précieuses qui pourraient être investies directement dans des actions environnementales concrètes.
Oui à des règles… mais équitables.
Le cumul de l’ensemble des obligations réglementaires que doivent respecter les producteurs est colossal. On parle d’au minimum 85 lois et règlements totalisant plusieurs centaines d’articles auxquels les producteurs doivent se conformer. Trop de paperasse nuit à l’efficacité réelle des mesures environnementales.
Nos principaux commentaires sur le projet de règlement RPAE
La Fédération remet en question la pertinence pour le MELCCFP de recueillir des données sur l’azote et le potassium en l’absence de normes associées, d’autant plus que la gestion de l’azote est complexe et difficile à résumer par un simple indicateur.
Elle souligne que plusieurs mesures déjà prévues au RPAE contribuent à réduire les risques environnementaux. Toutefois, elle estime que la version actuelle du règlement impose un ensemble important de nouvelles exigences qui alourdissent considérablement les obligations des producteurs.
En cumulant ces ajouts, la Fédération craint une hausse des coûts d’exploitation et du temps de travail, et privilégie une amélioration des pratiques reposant sur l’expertise des producteurs et un accompagnement adéquat, plutôt que sur un renforcement des contraintes réglementaires.
La Fédération juge exagérée l’obligation d’imposer un plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF) à tous les exploitants de lieux d’épandage de plus de 30 hectares, sans tenir compte de leur utilisation annuelle de phosphore.
Elle estime que le seuil de 1 600 kg déjà prévu pour les lieux d’élevage devrait également s’appliquer aux lieux d’épandage. Cette position est d’autant plus justifiée pour les prairies et pâturages, dont le couvert végétal annuel favorise la santé des sols, limite les pertes d’éléments fertilisants et contribue à la séquestration du carbone.
La Fédération souligne l’importance de reconnaître ces bénéfices et d’éviter d’imposer une lourdeur administrative inutile, particulièrement pour les petites entreprises agricoles qui seraient les plus touchées.
La Fédération remet en question la pertinence pour le MELCCFP de recueillir des données sur l’azote et le potassium en l’absence de normes, d’autant plus que la gestion de l’azote est complexe et influencée par de nombreux facteurs, ce qui la rend difficile à traduire par un simple indicateur.
Elle souligne que les mesures déjà prévues au RPAE contribuent à réduire les risques de pertes. Toutefois, elle estime que le règlement, dans sa forme actuelle, impose de nombreuses nouvelles contraintes qui alourdissent considérablement les exigences envers les producteurs.
En cumulant ces obligations, la Fédération craint une hausse importante des coûts et du temps de travail, et privilégie une approche fondée sur l’expertise des producteurs et un accompagnement adéquat, plutôt que sur un renforcement des exigences réglementaires.
La Fédération estime que l’obligation d’atteindre 50 % de superficies avec végétation enracinée à l’hiver constitue un défi technique et financier trop important pour les producteurs, et propose plutôt une cible de 25 %, en plus d’un ajustement de la définition de végétation enracinée.
Elle rappelle que des programmes récents ont déjà permis d’augmenter significativement les superficies couvertes en hiver, atteignant environ 28 %. Elle déplore que le gouvernement délaisse cette approche concertée au profit d’une réglementation jugée rigide, qui pourrait freiner les initiatives en cours et pousser les producteurs à viser la conformité réglementaire plutôt qu’une gestion optimale et durable de leurs entreprises.
La Fédération souligne également que l’imposition d’une cible uniforme, sans tenir compte des réalités régionales et des particularités des entreprises, risque de susciter de la réticence. Sur le plan économique, elle craint une hausse importante des coûts (intrants, main-d’œuvre, paperasse) qui pourrait nuire à la compétitivité des entreprises agricoles, notamment face à des concurrents non soumis aux mêmes exigences.
Enfin, elle met en lumière d’importants défis agronomiques liés à l’implantation des cultures de couverture, notamment des fenêtres de semis très limitées et dépendantes des conditions climatiques, avec des risques d’échec élevés dans certaines cultures et certaines années. Elle conclut que les contraintes justifiant une cible réduite pour certaines productions devraient s’appliquer à l’ensemble des producteurs.
La Fédération estime que la définition actuelle de « végétation enracinée à l’hiver » est trop restrictive et propose trois ajustements : reconnaître les superficies non travaillées à l’automne, permettre un travail superficiel du sol pour incorporer les engrais organiques et autoriser, dans certains cas, un travail plus intensif du sol en situation exceptionnelle.
Elle soutient que le fait de ne pas travailler le sol à l’automne et de laisser les résidus de culture constitue déjà une pratique reconnue pour assurer une couverture adéquate des sols. Appuyée par des études et des orientations gouvernementales, cette approche contribue à réduire l’érosion, améliorer l’infiltration de l’eau, maintenir la matière organique et soutenir l’activité biologique, avec des effets comparables aux cultures de couverture dans certaines conditions.
Par ailleurs, la Fédération considère que les règles entourant l’épandage d’engrais organiques à l’automne sont trop contraignantes. Elle propose de permettre un travail superficiel du sol afin d’incorporer ces fertilisants, ce qui offrirait davantage de flexibilité aux producteurs tout en demeurant cohérent avec certaines pratiques déjà reconnues et soutenues par le gouvernement.
Enfin, elle recommande d’introduire des mesures d’exception pour permettre un travail du sol plus intensif en cas de conditions météorologiques particulières, notamment pour éviter des problèmes comme la compaction des sols. Elle souligne aussi l’importance de distinguer les types d’équipements utilisés, certains permettant de conserver une bonne couverture en résidus tout en préparant adéquatement les sols. Globalement, la Fédération plaide pour une approche plus flexible, encadrée par des recommandations agronomiques et adaptée aux réalités du terrain.
La Fédération exprime des préoccupations importantes concernant la mise à jour de l’Annexe I du RPAE, notamment quant à ses impacts sur les entreprises animales. Selon des simulations agronomiques, les nouvelles limites d’apports en phosphore entraîneraient une perte moyenne d’environ 30 % des superficies disponibles pour l’épandage, réduisant ainsi la capacité de valorisation des déjections animales.
Elle remet en question l’hypothèse du MELCCFP selon laquelle cette perte pourrait être compensée par une augmentation des superficies cultivées. Dans des régions comme la Montérégie, où le territoire est déjà contraint et le déboisement limité, cette option apparaît peu réaliste. La Fédération craint ainsi une baisse de certaines productions animales, faute de surfaces d’épandage suffisantes.
Cette situation pourrait forcer des entreprises à réduire leur cheptel, tout en accentuant la pression sur l’accès aux terres. Les coûts pour obtenir des ententes d’épandage risquent d’augmenter, tout comme le prix des terres, compliquant davantage l’établissement de la relève agricole et fragilisant la viabilité des entreprises.
Enfin, la Fédération souligne un décalage entre le discours gouvernemental et les préoccupations du terrain. Elle note que la nouvelle Annexe I ne semble pas appuyée par des données scientifiques démontrant clairement ses bénéfices pour la qualité de l’eau, ce qui alimente les inquiétudes du secteur.